
Tête de rame : portrait n°19
A la rencontre d’inconnus, croisés dans les transports en commun, et croqués dans leur quotidien de voyageurs du matin et du soir, avec une petite touche d’imagination en plus. Petites capsules temporelles, reflets de notre temps.
Assis devant moi, il lit le papier qu’on a dû lui distribuer dans la gare. Je me replonge dans mon smartphone, version Twitter. Quand je relève la tête, quelques stations plus loin, l’homme est parti. Par terre, pour ce qui devait être à ses pieds, le papier à moitié chiffonné, à côté d’un sac d’une marque de fast-food tristement célèbre. « Plan propreté ». « Découvrez la course pour la propreté dans votre gare ». Bon, ben c’est pas gagné leur affaire… « Chaque jour, les 57 agents de la société de nettoyage se mobilisent pour garder votre gare Montparnasse propre. Ils nettoient quotidiennement 27 000 m² et vident chaque jour 212 poubelles ». Comment, avec un message pareil, le voyageur a-t-il pu jeter le papier par terre ? D’autant qu’il est ajouté en fin de flyer : « Ne pas jeter sur la voie publique »… Plusieurs réponses possibles : il ne sait pas lire, il s’en bat les cojones, il considère que le train ne fait pas partie de la zone concernée, il n’a pas envie de mettre les agents de nettoyage du train au chômage. Effectivement, si tout le monde se met à jeter ses papiers dans les poubelles, où va le monde… Moins d’emplois, moins de rentrées fiscales, moins de consommation, moins de budget pour la SNCF, moins de trains. En fait, je crois que le type a réfléchi a tout ça et que son geste de jeter-le-papier-qu’il-ne-faut-pas-jeter est un acte militant. Respect.







